Les femmes se mobilisent
contre le cancer du sein

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Paroles de femmes - Suite du texte de Martine

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Voici certains de leurs témoignages,en attendant les vôtres…

Ma bataille, ma victoire, ma renaissance

Martine - Soultz les Bains

Je m’appelle Martine, j’ai 51 ans aujourd'hui. J’habite ce charmant petit village de Soultz-les-Bains en plein vignoble alsacien.

Après avoir eu mon lot de souffrance, aujourd’hui j’ai retrouvé le sourire et ma joie de vivre. Ma vie est comblée de bonheur, aussi j’aimerais vous raconter mon expérience de vie, mon cancer, ma descente aux enfers, ma bataille et ma victoire sur le monstre !

Et enfin mon projet de vie que j’aimerais partager avec toutes les femmes qui comme moi ont souffert et  qui comme moi ont passé cet enfer et y sont probablement encore.

J’aimerais partager avec elle ce bonheur et leur dire qu’il y a des solutions, des alternatives de reconstruction mammaire autre que la chirurgie lourde.

Je rends hommage à tous ces gens qui m’ont aidés à traverser cette dure épreuve aux médecins qui m’ont soutenu et tout particulièrement à Monsieur Thierry Roussel à qui je dois ma renaissance.

2001

Comme chaque année je vais consulter le radiologue pour une étroite surveillance des seins. J’ai des nodules qu’il faut ponctionner à chaque fois. Cette fois-ci il y en a un qui fait très mal, j’ai un peu de fièvre.

Le radiologue ne voit pas, il dit que c’est psychosomatique. Il n’arrive pas à le ponctionner. Au revoir et à l’année prochaine !

Octobre 2002

Je suis mal, j’ai toujours de la fièvre mon sein est rouge et douloureux à présent. Je dors jour et nuit. J’ai décidé d’aller consulter un autre radiologue. Verdict : Un cancer inflammatoire, hormono dépendant à plus de 90%, virulent au stade III,  Nodule de 6 cm.

C’est grave docteur ? Oui, très grave, nous allons lutter ensemble….

J’ai décidé de faire « la peau » à ce cancer, mais lui aussi a décidé de me la faire !

Une longue bataille s’engagea ….

1er stade :

Opération réussie, ablation totale, curage axillaire. Je suis en salle de réveil, rien ne bouge, je regarde autour de moi et à ma droite il y a une autre femme. Comme moi elle a de beaux cheveux. Je la plains et me dit, la seule chose qu’il nous reste de beau ce sont nos cheveux (pour l’instant), puis mes yeux ont été attirés par quelque chose qui « rie » sur son bras gauche, c’était de très beaux tatouages.

Je ne me regarde plus dans un miroir, je ne peux plus utiliser convenablement mon bras, mais je ne perds pas le sourire !

Je me lève, vais discuter avec les autres femmes de l’étage, vais à la pouponnière 2 étages en dessous du mien. Il me faut de l’air, voir la vie, ces nouveaux-nés, pleins de fraîcheur, leurs mamans radieuses. Nous sommes en septembre, de ma chambre je vois les feuilles aux platanes. Tous les matins, je m’assure qu’elles sont encore bien présentes et si elle bougent doucement sous la brise du vent et je sors faire un tour dehors sous les yeux ahuris des infirmières.

Mes collègues et mes chefs viennent me rendre visite, ça me fait chaud au cœur, je suis heureuse, ils sont pour moi ma raison de vivre et de tenir bon, ma famille est loin géographiquement.

2ème stade :

On m’appelle pour la 1ère chimio. J’ai signé pour un protocole particulier, une « cure » comme ils appelle ça ! Enfin ça n’a réellement rien d’une cure. J’ai toujours le sourire ! Je suis mal comme un chien.

Trois semaines après, un matin en me levant, l’horreur ! mes beaux cheveux tombent en masse. Je vais chez une amie qui me rase la tête, je mets une perruque.

Puis la 2ème chimio, mon taxi Jean-Louis me cherche et me ramène toujours fidèle et gentil.

Puis, c’est la longue descente aux enfers. Je ne mange plus, ne bois plus. Je ne peux plus.

A l’hôpital, par manque de structure, des ponctions lombaires sont effectuées devant moi, l’horreur ! Un champ de bataille !

Je fais une allergie fulgurante à un « produit de confort ». J’étouffe, je brûle intérieurement, mes veines éclatent, je ne vois plus rien, j’entends hurler autour de moi, on s’affaire, puis le trou noir.

 

Je reprends conscience, un homme, un géant, s’était assis à mes côtés, il me parle, la centaine de kilo bien dépassés, nous échangeons des pauvres petits sourires, nous nous tenons par la mains chacun dans son fauteuil, dans notre misère, dans notre enfer, nous n’avons plus de cheveux, plus de force, nous sommes cadavériques. Nous nous regardons une dernière fois dans les yeux jusqu’au fond de nos âmes. C’était la dernière fois que j’ai senti sa grande patte dans la mienne, il n’est plus, il est parti sans un bruit, sans une larme dans la plus grande tristesse du monde…..

Je rampe, je fais une hémorragie interne, le sang sort de partout, mes petits vaisseaux ont claqués, je ne peux toujours rien manger, une mycose partant de la langue jusqu’à l’anus me brûle intérieurement comme un feu, je vomis presque mes tripes jours et nuits. Puis le cœur s’emballe, c’est le malaise cardiaque, chimio trop forte ….

Mon mari ne rentre plus, où alors il rentre de plus en plus tard ou au petit matin. Il me regarde avec dégoût. Je me cache, j’ai honte …

Dans l’intimité c’était devenu l’horreur à l’état pur. Je ne suis plus un être humain, je ne suis plus qu’une larve un déchet humain, une carpette, mais dans ce déchet il y a un cœur qui bat et qui espère toujours et encore. Je serre mes dents, mes larmes coulent, je prie le ciel et demande de l’aide aux anges.

Noël 2002.

Les cartes de vœux affluent, avec plein de belles choses. Jean-Bernard, mon plus proche collègue et ami m’offre une cassette avec un montage vidéo qu’il a réalisé. Je la regarde. Mes larmes coulent, mon cœur bat très fort.

Tous mes collègues, anciens collègues, chefs et anciens chefs, collaborateurs externes avec lesquels je travaillais, tous étaient présents, animés sur mon écran. Ils me disaient des mots gentils de consolations et d’encouragement.

Jamais je n’oublierai ce moment fort et tout cet amour qu’ils m’ont donné.

3ème Stade :

C’est trop dur, mon sourire a disparu de mon visage, du moins si on peut appeler ceci encore un visage. Seuls mes yeux n’avaient pas changés.

Mon mari ne m’aime plus, il aime une autre femme. Je suis seule la plupart du temps, plus de forces, mais je me hisse tous les soirs à ma fenêtre et je confie toute ma peine à mon grand cèdre, aux étoiles, aux anges et je regarde la lune monter et descendre. Je prie toujours et encore, mais je n’ai plus la force de continuer à vivre.

Fini, terminé, je prends ma décision secrètement, celle de quitter ce monde. Je dis au revoir secrètement à mon cèdre en le remerciant d’avoir bien voulu m’écouter et à toute cette nature que j’affecte tant. Je visionne devant moi tous mes amis, leur dit au revoir en leur disant que je les aime et je prépare ce qu’il faut sans rien dire, juste dans le profond silence de mon désespoir.

Puis au moment de passer à l’acte, j’ai regardé une dernière fois la voûte étoilée, fait une dernière prière en demandant pardon pour ce que j’allais faire et puis il s’est passé une chose étrange, très forte. Mon cœur a été envahi par une douceur infinie et une lumière intense. J’entendais chanter, des tintements cristallins, puis j’ai été saisie par un bonheur immense, une paix intérieure que je n’ai encore jamais connu, une joie sans commune mesure.

J’ai tout rangé et là je savais que j’allais vivre, vivre, vivre, aimer et encore aimer tous les êtres, cette belle nature, ce ciel ces étoiles, le soleil, ma lune. Merci mes anges !

Jean-Louis me cherche tous les jours pour mes séances de radiothérapie, nous échangeons de gentilles paroles, je prends des forces, un timide sourire se redessine sur mes lèvres. Je discute avec les gens dans la salle d’attente, j’en revois certains, d’autres ne reviennent pas, ils sont partis à leur tour.

Je suis toujours encore là ! je tiens d’autres mains, j’encourage ceux qui sont au plus bas, je prends une enfant dans mes bras (tumeur au cerveau, incurable) je les console de mon mieux, je les aime. C’est une question de survie !

Eté 2003

Je vais mieux, je reprends forme humaine, je mets ma perruque, me maquille et fait une descente auprès de tous mes collègues. C’est la joie, le partage, le bonheur tout simplement.

Novembre 2003

J’ai l’autorisation de revenir travailler en mi-temps thérapeutique. Beaucoup de choses ont changés durant mon absence, mais je suis très heureuse de retrouver toute cette petite troupe qui m’a soutenue durant tout le temps que le « monstre » me torturait.

Octobre 2005

J’ai décidé de vivre pleinement ma vie. De changer radicalement de vie !

J’ai demandé le divorce.

Je me suis expatriée loin auprès de la nature pour me refaire une santé morale et physique.

Je ne regrette rien ! Je suis enfin libérée, la vie a de nouveau un sens pour moi.

Je me reconstruis doucement, mais je ne peux oublier ma blessure de femme, cette infâme mutilation, la blessure de mon âme, ma tristesse, la trahison de l’homme que j’aimais durant 30 ans. Je me fais horreur. Les miroirs sont bannis.

Dehors je ris, je vis, mais à l’intérieur de moi c’est le chaos.

2007

Je me suis reconstruite partiellement, je vis de très belles choses ! Beaucoup d’amis, de passions, Puis lors d’une petite séance de remise en forme dans les termes de mon village, j’ai fait connaissance d’un jeune masseur, un garçon très doux qui souffre lui aussi d’un handicap physique. Il a été la révélation !

Oui, les choses allaient changer ! Une reconstruction mammaire n’ayant pas été possible, j’ai subitement revu cette femme qui était allongée à mes côtés dans la salle de réveil et je me suis dit : et pourquoi ne pas réaliser un beau tatouage sur cette cicatrice, sur ce trou béant.

Aussitôt pensé, je me suis mis à la recherche d’un tatoueur sérieux à qui je pouvais confier ce projet fou ce pari qu’aucune femme n’a encore osé réaliser.

Puis un jour j’ai poussé la bonne porte. Je suis tombé sur Thierry Roussel, un homme magnifique, tatoueur de métier à Obernai qui comprend la souffrance humaine pour avoir lui-même traversé des enfers.

Pour moi il était clair que je n'allais pas confier ma peau à n'importe quel tatoueur et puis de toute façon une telle entreprise ne s'est jamais vue en France selon renseignements pris dans les milieux hospitaliers.

Thierry est le seul en qui j'ai eu confiance. Il a réalisé quelque chose de magnifique pour moi, une création, une oeuvre d'art. Pour lui c'est un honneur d’avoir pu la réaliser et pour moi c'est un bonheur immense de porter cette création faite avec tant de coeur. Nous aimerions faire connaître ceci à des milliers de femmes qui comme moi étaient démolies, bafouées, humiliées, rejetées.

Son souhait le plus cher est de pouvoir aider des gens comme moi. Il est spécialiste dans le recouvrement des cicatrices par des créations qu'il réalise en fonction de la personne et de sa nature profonde.

Aujourd'hui je peux dire que je revis enfin grâce à lui, cet être magnifique qui a su mettre un terme à mes souffrances morales et me redonner pleine confiance en la vie.

 erci infiniment Thierry ! Merci pour ton humanité, ta grandeur d’âme, ta profonde compassion pour les êtres humains, ta créativité.

Nous sommes tous des artistes de nos vies, mais toi tu es une âme hors pair, un homme avec qui je vais réaliser ce projet de vie pour le bien de tous ces êtres qui comme nous ont souffert dans leur âme et leur chair.

Merci Thierry pour cette magnifique elfe et son enfant, cet enfant que tu as encré sur mon cœur, cet enfant que je n’ai jamais eu comme tu me l’as dit avec une infinie tendresse. Cette lune qui représente mon sein qui n’était plus et ces étoiles en qui j’ai toujours cru.

Je te porte en moi, dans mon cœur et tu brilles sur ma vie comme le soleil que j’ai regardé se lever durant mes heures les plus heureuses et les plus tristes aussi. A travers ton cœur rayonne cette flamme de vie qui fait renaître la beauté de l’âme dans chaque être.

Le regard des autres, son propre miroir !

Ce chapitre n’est pas facile à écrire pour dire tout haut ce que beaucoup de femmes pensent tout bas, néanmoins, pour elles, pour moi et pour tous ceux qui souffrent, j’ai souhaité expliquer pourquoi j’ai lancé un tel défi à la vie.

Ces paroles sont miennes et ne se veulent en aucun cas blessantes ou insultantes envers qui que ce soit.

Je tiens à remercier tout particulièrement les hommes qui ont eu la franchise et le courage de s’exprimer et de me donner leur opinion quant à leur regard porté à des femmes qui comme moi ont été mutilées.

S’aimer, bâtir une vie à deux, vivre en couple, faire des projets, concevoir des enfants, oui, telle est la vie de beaucoup d’entre nous jusqu’au jour où tout bascule. Un tsunami s’abat sur cette belle entreprise !

S’aimer, se soutenir, combattre à deux, tel pourrait être ce scénario, oui mais …..

O combien de questions fusent dans nos âmes sans trouver de réponses. On s’accroche à des espoirs à des paroles, à des regards.

Mais de quel amour nous aiment-ils les gens ? Dans la pitié ? la compassion ? l’indifférence ?

Les regards changent, les uns deviennent plus aimables, les autres détournent le regard par pudeur peut être, par peur aussi, par fatalité …

Quand est-il du mari ? De compagnon ? M’aime t’il encore ? Il me dit oui ! Mon dieu merci !

Mais ….. Ses yeux ont changés ! Pourquoi ? Il a de la peine à soutenir mon regard, à regarder mon corps, Souffre t’il ? Me dit-il la vérité ?

Je pense sincèrement qu’il y a un mélange de sentiments. C’est quoi aimer ?

Ce cri au fond du cœur, ce bel espoir vole tout d’un coup en éclat, on doute, on pleure on aimerait savoir, mais pourquoi ! Que c’est il passé ?

Messieurs, je ne vous en veux pas. Vous êtes des êtres humains avec vos qualités, vos défauts, votre courage, vos faiblesses.

Je ne me regardais plus dans un miroir, je me faisais horreur alors comment demander à un homme ce qu’une femme rejette elle-même ?

Par conséquent, j’ai commencé par me réconcilier avec moi-même, mon corps et mon âme pour pouvoir recommencer une nouvelle vie.

Mon métier – Mon but - Ma raison de tendre la main aux autres

Je m'appelle Thierry ROUSSEL, j'exerce le métier de tatoueur depuis une dizaine d'années et suis spécialiste, diplômé du centre de formation d'art et d'esthétique de Paris.

Ma vie est loin d'être un long fleuve tranquille. Elle a été jalonnée d'événements douloureux. Aussi, j'ai été confronté à mes propres malheurs mais aussi à celui des autres.

Je travaillais sur les plates-formes pétrolières quand ma vie a basculée du jour au lendemain suite à un grave accident de la circulation. 18 mois d'hôpital, de nombreuses infirmités, plus de travail .....

C'est grâce à une amie qui m'a tendu la main que j'ai pu sortir de cet enfer pour remonter à la surface.

Je ne pouvais plus exercer mon métier d'origine suite à mes infirmités, mais la vie m'a doté d'un très beau cadeau. Depuis mon enfance j'ai la passion du dessin.

Cette amie m'avait demandé de l'accompagner chez un tatoueur pour la réalisation d'un tattoo pour elle. J'ai pu observer ce travail fascinant et en sortant du magasin je savais que je voulais adhérer à ce beau métier.

Charité bien ordonnée commence par soi-même et par conséquent il m'est venu l'idée de recouvrir mes propres cicatrices avec la méthode de dermo-pigmentation.

A partir de ce jour-là, je savais exactement ce que je voulais faire. Redonner le sourire et une raison de vivre à tous ceux qui comme moi ont souffert de mutilations, blessés dans leur chair.

Le regard des autres ! Le rejet et la cruauté des autres à la vue de mutilations, de cicatrices, de malformations, becs de lièvre etc. Certes le corps médical m'a toujours fasciné car il répare, opère, soutient les malades, mais il y a aussi l'après où des vies entières sont anéanties par une perte d'emploi, par handicape, par la cruauté et l'indifférence des autres.

Je reçois beaucoup de gens démolis par ces drames dans mon commerce, des gens dont les souffrances sont telles qu'ils n'ont plus envie de vivre.

Ma plus grande joie est de pouvoir réaliser des dessins pour eux. Laisser court à mon imagination, créer ce qui leur ferait vraiment plaisir, leur redonner du courage afin qu'ils puissent comme moi continuer leur chemin de vie.

Dans le cadre de ce projet, j'aimerais tout particulièrement faire connaître la méthode de dermo-pigmentation au monde médical.

Des moyens existent pour faire connaître et redonner le sourire à toutes ces personnes et celui-ci en fait partie. C'est ma passion, ma raison d'être, mon but dans la vie.

Martine, cette petite femme qui a poussé un jour la porte de mon magasin est bien placée pour témoigner de son enfer et de sa joie de vivre enfin retrouvée.

La dermo pigmentation

Je me suis prise en main à partir du jour où je me suis mise à la recherche d’un tatoueur. J’avais fermement décidé de m’aimer à nouveau, de me redonner une autre chance.

En poussant la porte du magasin de Thierry, j’ai été surprise par son accueil.

Je l’ai regardé dans les yeux, puis j’ai pris mon courage à deux mains en lui expliquant que j’avais quelque chose de spécial à lui demander.

Il a eu la délicatesse de m’inviter à parler en toute confiance sans témoins car il y avait du monde dans le magasin ce jour-là.

Il m’a demandé quelles étaient les choses que j’aimais dans la vie ou mes passions. Alors là ! Et bien j’ai laissé parler mon cœur. Durant tout le temps de notre entretien, je le regardais cet homme. Mais oui, c’est un homme Martine ! Il est recouvert de tatouages et bien oui, c’est un tatoueur après tout ! C’est la première fois que j’en vois un, un tatoueur !

Il est tatoueur, ce métier est encore mal perçu par les gens. On lui attribue à tort le nom de voyou, de marginal.

Cette fois-ci ce n’est pas un médecin…. Il va falloir se déshabiller durant les futures séances ! Mince, mais que suis-je donc entrain de faire ? Vais-je pouvoir supporter son regard sur cette mutilation ? J’ai envie de prendre mes jambes à mon cou, de lui expliquer, excusez-moi, mais je crois que je ne peux pas, enfin je …..

Et puis, flûte ! non ! Courage ! Je continue mon entretien jusqu’au bout en lui posant la question s’il utilisait des aiguilles à usage unique et s’il travaillait avec des produits naturels car je suis sujette à des allergies. Oui pour tout ! Bon d’accord. Il m’a dit qu’il allait réaliser une création et qu’il m’appellerait pour faire un essayage. Un essayage ??? Euh bon d’accord.

Qu’il travaille avec le procédé de la dermo-pigmentation. Pardon ? Ah ? Oui, il est spécialiste dans le recouvrement des cicatrices……

Son regard n’avait rien d’une insulte, d’un dégoût ou d’une pitié. Je ne le rebutais pas.

Je suis sortie du magasin, songeuse, rêveuse la tête pleins d’autres questions encore un peu « secouée » pour avoir osé faire cette démarche.

 

Les séances

2 jours après Thierry me téléphone. Le dessin est prêt, je peux venir l’essayer.

Sur le coup j’ai été surprise par son appel. Voilà, Martine, tu y vas et tu fais !

Je retourne au magasin et là la magie a opéré ! Je ne savais plus quoi dire sur le coup tellement ma surprise a été grande ! ça ? vous voulez réaliser ça ? Mais c’est fabuleux !

Essayage réussi, conquise !!!

J’ai regardé Thierry droit dans les yeux et là je savais que c’était lui, en lui que j’avais entière confiance. Il serait le papa, le créateur de cette œuvre d’art.

Nous étions heureux et nous nous réjouissions ensemble pour cette réalisation, ce défi complètement fou et pourtant si vital à ma renaissance.

Les séances se sont succédé sur de courtes durées car Thierry tatouait sous anesthésie locale. Avant chaque séance j’appliquais une crème. Il m’avait rendu attentive sur le fait qu’elle pouvait provoquer des allergies, mais je n’ai pas eu ce problème.

Puis au fur et à mesure des séances l’œuvre prenait forme, nos visages étaient radieux.

En tout il y a eu 12 séances !

Mais quelle joie, quelle renaissance, quelle jouissance de me regarder à nouveau dans un miroir, remettre un petit décolleté, un maillot de bain, une belle lingerie !

Je me sentais de nouveau femme à part entière. Certes ce n’est pas un sein, mais peu importe, pour moi c’est beaucoup plus beau, c’est une nouvelle vie, un nouveau départ dans ma vie de femme.

La renaissance ! La réconciliation avec la vie

J’ai avoué à Thierry qu’il m’a libéré, m’a fait renaître, comme un phoenix de ses cendres. Il était heureux, ravi. Puis il m’a expliqué que son souhait le plus cher serait d’aider des femmes comme moi. Il l’expliquera pourquoi dans un chapitre spécial qui lui sera dédié. Puis nous avons décidé d’un commun accord de faire connaître ce magnifique défi au monde médial.

Nous avons pris rendez-vous avec le chirurgien, l’oncologue et le radiothérapeute qui m’avaient suivi et soigné durant ma maladie pour leur faire part de cette belle aventure créatrice.

Nous allons également rencontrer une association de soutient aux personnes atteinte du cancer.

Nous n’abandonnerons pas ce beau projet car nous aimerions le faire connaître pour redonner de l’espoir et du courage à tous ces êtres.

Pour ma part, je veux damer le pion au « monstre » afin qu’il ne se réveille plus jamais. Haut les cœurs ! Jamais rien n’est perdu, il y a toujours une petite lumière au bout du tunnel même dans les tréfonds des ténèbres !

Courage à toutes et à tous ! Espérez et vivez ! Ne portez jamais de jugement sur autrui. Les autres peuvent être le reflet de notre propre miroir !

Les hommes ne sont pas des monstres ne l’oubliez pas, ce sont des êtres humains ….

Aujourd’hui je n’ai plus honte de mon corps ! Je ris, je vis, je suis femme, les regards ne sont plus les mêmes. Je me suis réconcilié avec moi-même et les autres.

Merci à toutes et à tous pour cette leçon de vie ! J’en suis sortie grandie.

 

Mise à jour : 6/07/08


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